Vivre au Sénégal
Vivre au Sénégal
Vendeur de rue servant un grand plateau de viande grillée en morceaux, mêlée d'oignons rouges émincés et de piment

La street food sénégalaise : dibi, fataya, pastels et accras

Au Sénégal, on mange beaucoup dans la rue : des beignets et des accras le matin, des fataya et des pastels au goûter, du dibi le soir dans les dibiteries. Voici les six spécialités à connaître, ce qu'elles contiennent, comment les commander et à quel prix, avec deux recettes et les règles d'hygiène qui évitent de gâcher un voyage.

La street food sénégalaise en bref

  • Le matin : beignets, dougoup (beignets de mil), accras de niébé
  • L'après-midi : pastels au poisson, fataya à la viande
  • Le soir : dibi en dibiterie, chawarma
  • Le prix : de 25 FCFA le beignet à quelques milliers de FCFA pour un kilo de dibi ou un chawarma
  • La règle d'or : cuit devant vous et servi brûlant

Le dibi, la viande grillée des dibiteries

Le dibi est de la viande grillée au feu de bois, du mouton ou de l'agneau dans la grande majorité des cas, puis coupée en morceaux et servie avec des oignons, de la moutarde, du piment et du pain. C'est le repas du soir des Dakarois qui sortent, le plat qu'on partage entre amis et celui que l'on rapporte à la maison dans un papier kraft.

D'où vient le dibi

Le mot vient des langues mandingues. Wikipédia le rattache au bambara, où il désigne la grillade, d'autres sources au soninké. On le retrouve dans plusieurs pays du Sahel, et on l'associe souvent au Mali, où Bamako organise un festival du dibi. Au Sénégal, il est devenu une cuisine de ville, d'abord à Dakar. Le mot dibiterie, lui, accole au dibi un suffixe français, si bien qu'on l'entend souvent comme un dérivé de « débiter » : notre lexique de wolof le range parmi ces mots du français du Sénégal.

Comment ça se passe dans une dibiterie

La dibiterie est une échoppe ouverte sur la rue, avec un grill au charbon ou au bois, un billot et souvent quelques bancs. Le dibitier découpe la viande devant vous. Elle est enfilée sur de fines brochettes de bois ou posée à plat sur la grille, avec de l'oignon, de la moutarde, de l'ail, du sel et du poivre.

  • On commande au poids: au kilo, au demi-kilo, ou quelques morceaux pour une personne seule. Demandez le prix du kilo avant, il n'est presque jamais affiché.
  • On attend sur place: comptez un quart d'heure à une demi-heure le soir, quand la file s'allonge.
  • On mange avec les doigts, dans le papier, avec du pain et des oignons crus ou grillés. Certaines dibiteries ajoutent des frites, de l'alloco (banane plantain frite) ou une salade tomate-laitue.
  • Le méchoui, un agneau entier rôti, se commande à l'avance dans certaines dibiteries pour les fêtes.
Viande grillant sur une grille posée au-dessus des braises, dans une échoppe de rue ouest-africaine, un grilleur debout à côté
Le grill d'une dibiterie : la viande cuit à la commande, au charbon ou au bois.

Dibi et dibi haoussa : la différence

Beaucoup de dibiteries de Dakar sont tenues par des grilleurs haoussas, souvent originaires du Nigeria. Leur dibi haoussa ressemble au suya nigérian : la viande est enrobée d'un mélange d'épices, souvent à base d'arachide pilée et de piment, et coupée en morceaux plus épais. Le dibi « classique » est plus simple, assaisonné au sel, au poivre, à l'oignon et à la moutarde. Les deux se côtoient, et le nom écrit sur l'enseigne dit rarement lequel on va manger : demandez.

Faire du dibi à la maison

Sans grill au charbon, le piège est la viande sèche. La méthode qui marche au four : une épaule d'agneau d'environ 1,5 kg, frottée de moutarde, d'ail, de sel et de poivre, cuite 50 minutes en papillote à 200 °C, puis 15 minutes sous le gril, papillote ouverte, avec des rondelles d'oignon. On découpe ensuite en morceaux, comme au comptoir.

Fataya et pastels : quelle différence ?

Ce sont deux cousins : des chaussons de pâte frits en demi-lune, servis par trois ou quatre avec une sauce oignon, tomate et piment. Le pastel est farci au poisson, la fataya à la viande hachée. Sur le terrain, la frontière est floue : selon la famille ou le quartier, on dit « fataya » pour tout, ou « pastel » pour tout.

PastelFataya
FarcePoisson : sardinelle ou thon, souvent en boîteViande hachée, le plus souvent du bœuf
FormePetite demi-lune, deux ou trois bouchéesMême forme, parfois un peu plus grande
SauceOignons, concentré de tomate et piment, servie à partLa même sauce
QuandGoûter, entrée, apéritif de fêteGoûter, repas léger avec une salade
À savoirLe mot désigne parfois les deux selon le quartierBeaucoup de familles disent « fataya » pour tout
Chaussons frits en demi-lune, dorés, servis sur une assiette avec des sauces à côté
Des chaussons frits en demi-lune : la forme des pastels et des fataya.

Recette des pastels sénégalais au poisson (6 personnes)

Comptez une heure de préparation et une demi-heure de friture. Pour des fataya, remplacez le poisson par 400 g de bœuf haché, revenu avec les mêmes aromates.

  • Pour la pâte : 500 g de farine, 250 à 300 ml d'eau, 20 g de sucre, 2 c. à soupe de lait en poudre, 1/2 c. à café de sel
  • Pour la farce : 400 g de sardinelles ou de thon en boîte, 2 oignons, 3 gousses d'ail, 2 c. à soupe de concentré de tomate, piment, sel, poivre
  • Pour la sauce : 3 oignons, 2 c. à soupe de concentré de tomate, 1 ou 2 piments, un trait de vinaigre
  • Huile d'arachide ou de tournesol pour la friture
  1. Préparer la pâte. Mélangez la farine, le sucre, le sel et le lait en poudre, puis versez l'eau peu à peu jusqu'à obtenir une pâte souple qui ne colle plus aux doigts. Couvrez et laissez reposer 30 minutes.
  2. Faire la farce. Faites revenir les oignons émincés et l'ail, ajoutez le concentré détendu dans un peu d'eau, puis le poisson émietté et égoutté. Salez, poivrez, pimentez et laissez sécher 10 minutes : une farce trop humide fait éclater les pastels.
  3. Façonner. Étalez la pâte finement et découpez des disques avec un verre ou un emporte-pièce. Posez une petite cuillère de farce au centre, repliez en demi-lune et soudez les bords en appuyant avec une fourchette.
  4. Frire. Plongez les pastels dans l'huile chaude, à feu moyen, quelques-uns à la fois. Retournez-les une fois : ils sont prêts quand ils sont dorés des deux côtés. Égouttez sur du papier absorbant.
  5. Faire la sauce. Faites fondre les oignons émincés dans un peu d'huile, ajoutez le concentré, le piment écrasé, un verre d'eau et le vinaigre. Laissez réduire 15 minutes jusqu'à une sauce épaisse, servie à part.

La sauce des pastels

Sans elle, un pastel est un chausson ordinaire. C'est une sauce d'oignons fondus, de concentré de tomate et de piment, relevée d'un trait de vinaigre, assez épaisse pour napper le chausson. On la sert dans un bol à côté, ou versée directement dans le sachet chez les vendeuses de rue. Dosez le piment selon vos convives : au Sénégal, elle pique franchement.

Les variantes : thon, poulet, pâte à l'œuf

  • Au thon : la farce la plus courante en France, avec du thon en boîte bien égoutté.
  • Au poulet: du blanc cuit et effiloché, revenu avec l'oignon et la tomate.
  • Pâte enrichie: certaines recettes ajoutent œufs, beurre, lait et levure pour une pâte plus moelleuse. La pâte simple à l'eau donne un pastel plus croustillant.

Les accras de niébé

Les accras sénégalais ne sont pas à la morue : ce sont de petits beignets de niébé, le haricot à œil noir. On les vend le matin et en fin d'après-midi, en sachet ou glissés dans une demi-baguette avec leur sauce. La recette traditionnelle part des graines trempées, débarrassées de leur peau et moulues. La plus simple utilise de la farine de niébé.

  • La pâte: 250 g de farine de niébé, un sachet de levure chimique et 300 ml d'eau, fouettés puis laissés reposer 30 minutes. Plus on fouette, plus les accras sont légers.
  • La cuisson: des petites boules prélevées à la cuillère, frites dans une huile chaude jusqu'à ce qu'elles soient dorées.
  • La sauce : oignons, concentré de tomate, ail, deux piments et un trait de vinaigre, comme pour les pastels, mais en plus piquant.
Beignets ronds de pâte de haricot en train de frire dans une grande poêle d'huile
Les accras frient par petites boules, prélevées à la cuillère.

Le niébé se mange aussi en ndambé, un ragoût servi dans une baguette dans les gargotes du petit-déjeuner. Ce n'est plus de la friture, mais c'est le même comptoir.

Beignets et dougoup, le petit-déjeuner de la rue

Dès 6 heures, des vendeuses s'installent avec leurs bassines de beignets aux carrefours, devant les écoles et à l'entrée des marchés. Il y a les beignets de farine, ronds et sucrés, parfois parfumés à la noix de coco râpée ou à la vanille et à la muscade, et le dougoup (dugup), le beignet de mil, plus dense et moins sucré. Le sucre fin est souvent servi à part.

C'est la moins chère des street foods sénégalaises. En septembre 2025, le quotidien Le Soleil relevait à Dakar des beignets à 25 FCFA chez une vendeuse et à 50 FCFA chez la plupart des autres, sur l'avenue Cheikh Anta Diop près de l'université, à Hann Bel-Air, à l'entrée du marché Castors et à Sandaga. Beaucoup de vendeuses reviennent vers 18 heures pour une seconde tournée.

Beignets ronds et dorés saupoudrés de sucre, empilés dans un bol blanc
Des beignets de farine, roulés dans le sucre fin.

La recette du dougoup

Mélangez 600 g de farine de mil et 200 g de farine de blé avec 250 g de sucre, de la muscade, une cuillère à café de levure de boulanger, un sachet de levure chimique et 3 cuillères à soupe d'eau de fleur d'oranger. Ajoutez 500 ml d'eau, et 100 g de coco râpée si vous aimez. Laissez lever 2 heures, puis faites frire à feu moyen par petites louches. Si la pâte tombe au fond et s'étale, elle est trop liquide : ajoutez de la farine de mil. Ils se gardent bien, et beaucoup les trouvent meilleurs le lendemain.

Pour cuisiner la street food chez vous

Hors d'une épicerie africaine, trois produits sont difficiles à trouver :

Le chawarma dakarois

Le chawarma est arrivé à Dakar avec la communauté libanaise, installée au Sénégal depuis plus d'un siècle. Une étude ethnographique date son apparition dans la capitale de 1964. Il est devenu un en-cas de jeunes et de sortie nocturne : de la viande de poulet ou de bœuf tranchée à la broche verticale, roulée dans un pain libanais avec frites, crudités et sauce blanche, souvent relevée de piment à la sénégalaise.

On le trouve dans les snacks libanais du Plateau et des Almadies, mais aussi dans des comptoirs de quartier. Comptez un ordre de grandeur de 1 500 à 3 000 FCFA le sandwich, plus dans les adresses des quartiers aisés.

Sandwich chawarma au poulet roulé dans un pain libanais grillé, coupé en deux, avec tomate, cornichon et sauce blanche
Le chawarma, l'en-cas du soir venu de la communauté libanaise.

Combien coûte la street food au Sénégal

Les prix de la rue sont rarement affichés et bougent selon le quartier, l'heure et la tête du client. Seul le beignet a un prix récent publié par la presse. Pour le reste, le tableau donne l'unité de vente et la façon de payer le juste prix. Pour convertir, notre page sur la monnaie du Sénégal rappelle que 1 euro vaut 655,957 FCFA.

PlatVenduPrixÀ savoir
Beignets de farine ou de milLa pièce25 à 50 FCFARelevé du quotidien Le Soleil, Dakar, septembre 2025
DibiAu kilo, au demi-kilo ou en morceauxPas affiché, varie selon le quartierDemandez le prix du kilo avant de commander
Pastels et fatayaPar 3 ou 4, avec la sauceVariable, demandez avantPrix de quartier, rarement affiché
Accras de niébéAu sachet ou au cornetVariable, demandez avantVendus surtout le matin
ChawarmaLe sandwichDe l'ordre de 1 500 à 3 000 FCFAOrdre de grandeur non daté, plus cher dans les snacks des quartiers aisés

Ayez de la petite monnaie : une vendeuse de beignets ne rend pas sur un billet de 10 000 FCFA. Et demandez le prix avant, en particulier pour le dibi au kilo.

Où manger de la street food à Dakar

  • Autour de l'université Cheikh Anta Diop : beignets, pastels et sandwichs à petit prix, pour les étudiants.
  • Les marchés Sandaga et Castors: vendeuses de beignets et d'accras le matin, à l'entrée.
  • La Médina et les quartiers populaires: les dibiteries s'allument à la tombée de la nuit.
  • Le Plateau et les Almadies : snacks libanais et chawarmas.

Notre guide de Dakar situe ces quartiers et donne les repères pour s'y déplacer le soir.

Hygiène : manger dans la rue sans tomber malade

Une étude publiée en 2022 dans BMC Public Health a analysé 120 échantillons de viande grillée prélevés dans 40 dibiteries de Dakar : 27 % contenaient des coliformes thermotolérants, signe d'une contamination fécale, et 13 % des staphylocoques dorés, avant que les chercheurs n'y mènent un programme d'amélioration. La braise tue la plupart des germes : c'est après, à la découpe, sur la planche et dans la sauce, que la viande se salit.

  • Choisissez les stands qui tournent: une file d'attente veut dire un stock qui ne traîne pas.
  • Préférez ce qui sort du feu ou de l'huile devant vous et servi brûlant. Évitez ce qui attend tiède sur l'étal.
  • Méfiez-vous des sauces et crudités préparées à l'avance, plus risquées que la viande elle-même.
  • Pas de glaçons ni d'eau en sachet les premiers jours : buvez de l'eau en bouteille capsulée.
  • Gardez du gel hydroalcoolique : on mange avec les doigts.

Les vaccins conseillés, la trousse à pharmacie et la conduite à tenir en cas de diarrhée sont détaillés sur notre page santé au Sénégal. Une assurance voyage avec frais médicaux couvre la consultation et les médicaments si une intoxication vous cloue au lit.

Pour les plats de table, thiéboudienne, yassa ou mafé, et les codes du repas partagé, passez par notre guide de la cuisine sénégalaise.

Les liens de l'encart « Pour cuisiner la street food chez vous » sont des liens partenaires. Ils n'augmentent pas le prix de vos achats et n'influencent pas le contenu de cette page. Contenu vérifié le 15 octobre 2026.

Questions fréquentes sur la street food sénégalaise

Qu'est-ce que la viande de dibi ?

Le dibi est de la viande grillée au feu de bois, du mouton ou de l'agneau la plupart du temps, puis coupée en morceaux et servie avec des oignons, de la moutarde, du piment et du pain. On l'achète dans une dibiterie, une échoppe spécialisée, en général le soir.

Que signifie le mot dibi ?

Le mot vient des langues mandingues : selon Wikipédia, du bambara, où il désigne la grillade. D'autres sources le rattachent au soninké. Le mot dibiterie, lui, colle au dibi un suffixe français, ce qui le rapproche à l'oreille du verbe débiter.

Quelle est l'origine du dibi ?

Le dibi est un plat d'Afrique de l'Ouest sahélienne, souvent rattaché au Mali, où Bamako organise même un festival du dibi. Au Sénégal, il est devenu un repas du soir très urbain, surtout à Dakar, où beaucoup de dibiteries sont tenues par des grilleurs d'origine haoussa, mauritanienne ou malienne.

Quels sont les bienfaits du dibi ?

C'est une viande grillée, sans friture, riche en protéines. Le mouton reste une viande grasse et le dibi se mange souvent avec beaucoup de pain et de moutarde. Le vrai sujet, en voyage, est l'hygiène : choisissez une dibiterie fréquentée et une viande servie brûlante.

C'est quoi le fataya ?

Un chausson frit en forme de demi-lune, farci de viande hachée, servi avec une sauce oignon, tomate et piment. Le pastel est le même chausson farci au poisson. Au Sénégal, les deux mots se mélangent souvent d'un quartier à l'autre.

Que signifie fataya en français ?

Fataya n'a pas de traduction en français : c'est le nom du chausson frit lui-même. Le mot ressemble aux fatayer, les chaussons du Liban, mais aucune source fiable n'établit le lien entre les deux.

Comment préparer une fataya ?

On prépare une pâte de farine, d'eau, d'un peu de sucre et de lait en poudre, que l'on laisse reposer. On l'étale finement, on découpe des disques, on y pose une farce de viande hachée revenue avec oignon, ail, tomate et piment, puis on referme en demi-lune et on frit à feu moyen. La recette au poisson de cette page marche à l'identique en remplaçant la farce.

Quel est le prix d'un pastel sénégalais ?

Les pastels se vendent par trois ou quatre avec la sauce, à un prix de quartier rarement affiché. Demandez avant de vous servir. Pour comparer, les beignets de la rue se vendaient 25 à 50 FCFA pièce à Dakar en 2025, selon le quotidien Le Soleil.

Quelle est l'origine des pastels au Sénégal ?

Le nom rappelle le portugais pastel, qui désigne un chausson ou un petit pâté, et les Portugais ont fréquenté la côte sénégalaise dès le XVe siècle. Aucune source ne date pourtant l'arrivée de la recette. La version au poisson en boîte et à la sauce tomate pimentée, elle, est bien sénégalaise.

Peut-on manger dans la rue au Sénégal sans risque ?

Oui, en choisissant bien. Privilégiez ce qui est grillé ou frit devant vous et servi très chaud, les stands où le débit est fort, et évitez les plats qui attendent à température ambiante, les glaçons et l'eau qui ne sort pas d'une bouteille capsulée.